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requiem pour nos cimetières

par gaby 10 Avril 2007, 07:25 1-GENEALOGIE: LES ORIGINES

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Le “boulevard Bru” n’était pas pour moi, petite fille de 7 ans, une artère citadine comme les autres.
Non, c’était là que “reposait” ma soeur, décédée à 11 ans. Je ne connaissais alors, dans ces parages de l’ouest d’Alger, que le cimetière du même nom. Je ne savais pas qu’il correspondait aussi à un quartier que je découvrirais par la suite.
J’ accompagnais ma mère dans sa visite à la tombe de ma soeur tous les jours après l’école. Elle venait me prendre à la sortie et nous prenions le trolleybus “pour aller voir Ghislaine”.
Ce n’était pas triste du tout et le souvenir que j’en ai ne l’est pas non plus. Je percevais cet ailleurs étrange comme un limbe où j’imaginais que les personnes que je ne voyais plus -les disparus- devaient attendre un peu avant de rejoindre le paradis ou l’enfer…
Le lieu m’apparaissait alors comme un jardin plein de fleurs et de plantes, plongé dans une grande luminosité qui égayait le paysage et le fondait au loin dans le bleu du ciel…..
La pente douce de la colline vers la ville n’avait pas été modifiée et les tombes avaient été construites en suivant cette déclinaison. Le cimetière dominait donc sur la ville dont on voyait les rues animées. Les rumeurs et les échos de la vie active des quartiers autour de Belcourt s’élevaient en un unique bourdonnement sourd, amorti par la distance. Plus loin, au fond, on apercevait la mer, la « belle bleue », où s’assombrissait, dans des tonalités plus foncées, le bleu clair du ciel . Comme partout à Alger, la mer était la toile de fond de tous nos paysages. On ne pouvait pas s’en passer. On la retrouvait partout. Ce sera l’image qui me manquera le plus et que je chercherai toujours inconsciemment dans les années à venir…
Pendant que ma mère nettoyait, dans une tentative désespérée de contact avec ma soeur, la tombe de marbre blanc qui n’était pas sale puisqu’on venait tous les jours, je la laissais à son tourment et m’en allais vagabonder dans les allées. Je me promenais, marchant sur le gravier qui crissait sous mes pas, parmi des tombes déjà vieilles de plus de 100 ans. Beaucoup étaient des concessions à perpétuité avec leur petite balustrade en fer forgé autour du tumulus de terre nue. D’autres sépultures plus récentes dénotaient déjà le style qui s’affirmerait par la suite: une simple dalle de marbre blanc avec une croix ou une colonne cassée. Je découvrais, surprise, ce qui pour moi étaient des “petites maisons”: d’imposantes chapelles de famille qui témoignaient de l’existence, sur la terre d’Afrique, des descendants de vieille noblesse française.
 

Je lisais les inscriptions, les dates et les noms gravés sur des plaques de marbre en lettres d’or. Je regardais les photos encastrées dans des cadres de marbre et j’inventais des histoires. Je créais des parentés entre les personnages que je faisais revivre . Je les faisais évoluer selon les dates, vêtus “en costumes” de leurs différentes époques. Ils devenaient les héros d’une saga imaginaire que je modifiais à plaisir au fur et à mesure que je découvrais d’autres personnages à mettre en scène. Souvent, je rencontrais des tombes d’enfants. ILs devenaient mes amis et je parlais avec eux. Je mettais de l’eau dans les pots de plantes abandonnées. Je redressais des bouquets séchés dans des vases renversés par le vent. Non, je ne m’ennuyais pas.
J’ai accompagné ma mère pendant plusieurs années encore et puis, j’ai grandi et elle n’a plus voulu que je “perde mon temps”.
Je ne suis pas encore retournée visiter les différents cimetières d’Algérie où voudraient “reposer” pour l’éternité mes ancêtres et mes proches parents, celui de La Barbinais dans le département de Constantine, à côté de Sétif, celui de Bône et ceux d’Alger, bien sûr. J’aimerais pouvoir le faire et éprouver encore, dans chacun d’eux, la même sensation de paix et de sérénité que, petite fille, je ressentais au Bd Bru.


Requiescant in pace

Entrée du cimetière du Bd BRU années 50
S.V.P. Ne touchez pas à nos cimetières!
Article écrit en 2002
  

 

commentaires

jackline :0059: 12/04/2007 00:43

Tu as encore changé ton fond de blog...joli aussi celui-ci...j'aimais bien le précédent...c'est toi le bébé qu'on voit en bas de ton blog ?...bien dodu...le petit Jésus...bisous :0010:

GABY 12/04/2007 20:20

merci encore jackline de ces belles images que tu m'envoies, oui toutes les photos sont de mes albums perso... mégalo Hein?Bises Gaby:0059:

jackline :0059: 11/04/2007 01:20

Toujours dans ta quête de retrouver tes racines et de compléter ton arbre...bonne continuation et à bientôt :0010:

GABY 11/04/2007 10:17

Merci de ta visite Jackline et aussi pour cette belle image romantique que tu m'envoiesbises Gaby:0059:

andrée saupagna 10/04/2007 17:07

Très émouvant ton récit, je me souviens qu'avec ma soeur on faisait de même lorsque nos parents allaient sur la tombe de nos grand-parents à Birmandreis..Nous allions dans les différentes allées et nous ramassions les pin pignon..Le cimetière pour moi n'a jamais été un lieu triste...Bises et à plus

GABY 11/04/2007 10:15

Quand on est enfant, l'imagination aide à surmonter les situations les plus tristes...Merci AndréeBises Gaby:0059:

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