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requiem pour nos cimetières

par gaby 21 Novembre 2009, 10:53 4-COUFFIN- SOUVENIRS d'ALGERIE

 

              Le “boulevard Bru” n’était pas pour moi, petite fille de 7 ans, une artère citadine  comme les autres.

             Non, c’était là que “reposait” ma soeur, décédée à 11 ans. Je ne connaissais alors, dans ces parages de l’ouest d’Alger, que le cimetière du même nom. Je ne savais pas qu’il correspondait aussi à un quartier que je découvrirais par la suite.

             J’ accompagnais ma mère dans sa visite à la tombe de ma soeur tous les jours après l’école. Elle venait me prendre à la sortie et nous prenions le trolleybus “pour aller voir Ghislaine”.

             Ce n’était pas triste du tout et le souvenir que j’en ai ne l’est pas non plus. Je percevais cet ailleurs étrange comme un limbe où j’imaginais  que les personnes que je ne voyais plus -les disparus- devaient attendre un peu avant de rejoindre le paradis ou l’enfer…

            Le lieu m’apparaissait alors comme un jardin plein de fleurs et de plantes, plongé dans une grande luminosité qui égayait le paysage et le fondait au loin dans le bleu  du ciel….. La pente douce de la colline vers la ville n’avait pas été modifiée et les tombes avaient été construites en suivant cette déclinaison. Le cimetière  dominait donc sur la ville dont on voyait les rues animées. Les rumeurs et les échos de la vie active des quartiers autour de Belcourt s’élevaient en un unique bourdonnement sourd amorti par la distance. Plus loin, au fond,  on apercevait la mer, la « belle bleue », où s’assombrissait, dans des tonalités plus foncées, le bleu clair du ciel . Comme partout à Alger, la mer était la toile de fond de tous nos paysages. On ne pouvait pas s’en passer. On la retrouvait partout. Ce sera l’image qui me manquera le plus et que je chercherai toujours  inconsciemment  dans les années à venir….

             Pendant que ma mère nettoyait, dans une tentative désespérée de contact avec ma soeur, la tombe de marbre blanc qui n’était pas sale puisqu’on venait tous les jours, je la laissais à son tourment et m’en allais vagabonder dans les allées. Je me promenais, marchant sur le gravier qui crissait sous mes pas, parmi des tombes déjà vieilles de plus de 100 ans. Beaucoup étaient des concessions à perpétuité avec leur petite balustrade en fer forgé autour du tumulus de terre nue. D’autres sépultures plus récentes dénotaient déjà le style qui s’affirmerait par la suite: une simple dalle de marbre blanc avec une croix ou une colonne cassée. Je découvrais, surprise, ce qui pour moi étaient des “petites maisons”: d’imposantes chapelles de famille qui témoignaient de l’existence, sur la terre d’Afrique, des descendants de vieille  noblesse française.

           Je lisais les inscriptions, les dates et les noms gravés sur des plaques de marbre en lettres d’or. Je regardais les photos encastrées dans des cadres de marbre et j’inventais des histoires. Je créais des parentés entre les personnages que je faisais revivre . Je les faisais évoluer selon les dates, vêtus “en  costumes” de leurs différentes époques.  Ils devenaient les héros d’une saga imaginaire que je modifiais à plaisir au fur et à mesure que je découvrais d’autres personnages à mettre en scène. Souvent, je rencontrais des tombes d’enfants. ILs devenaient mes amis et je parlais avec eux. Je mettais de l’eau dans les pots de plantes abandonnées. Je redressais des bouquets séchés dans des vases renversés par le vent. Non, je ne m’ennuyais pas.

             J’ai accompagné ma mère pendant plusieurs années encore et puis, j’ai grandi et elle n’a plus voulu que je “perde mon temps”.

            Je ne suis pas encore retournée  visiter les différents cimetières d’Algérie où voudraient “reposer” pour l’éternité mes ancêtres et mes proches parents, celui de La Barbinais dans le dpt de Constantine, à côté de Sétif, celui de Bône et celui d’Alger, bien sûr. J’aimerais pouvoir le faire et éprouver encore dans chacun d’eux la même sensation de paix et de sérénité que, petite fille, je ressentais au Bd Bru.

                          Requiescant in pace…..

S.V.P. Ne touchez pas à nos cimetières!

 

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