
Mais le vrai Lorenzo, celui qui a inspiré le drame, le connaissez-vous? Eh bien il a bien peu du bel héros romantique qui, sous son masque de libertin débauché, est un idéaliste qui joue le double jeu par passion de la République.
"ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu?"
acte III scène 3
Gérard Philipe dans "Lorenzaccio"

Lorenzo dei Medici, qui porte le même nom que le plus connu Laurent le Magnifique (mort en 1492), est né à Florence, en 1514, fils de Pier-Francesco dei Medici et de Maria Soderini. Il est contemporain de Cosme(1519/1574), futur COSME I , duc de Toscane.
Son surnom Lorenzaccio (le mauvais Laurent) lui colle à la peau après un épisode peu édifiant qui se passa à Rome : il fut surpris à décapiter les statues anciennes de l'arc de Constantin en proie à l'ivresse la plus destructrice.... Les romains furieux, le bannirent de la ville.
Laid et plutôt chétif, c'était un exhibitionniste doté d'étranges dérangements comportamentaux. On le retrouve assez ressemblant dans l'acte I scène 4 du drame de Musset:
"Regardez-moi ce petit corps maigre, ce lendemain d'orgie ambulant. Regardez-moi ces yeux plombés, ces mains fluettes et maladives, à peine assez fermes pour soutenir un éventail, ce visage morne, qui sourit quelquefois, mais qui n'a pas la force de rire."
portrait du Duc par Jacopo Pontormo

Alexandre, duc de Toscane de 1530 à 1537, mène une vie dissolue et violente avec une bande de compagnons de son espèce dont notre Lorenzaccio. Le duc a une confiance aveugle en son cousin et il apprécie surtout sa capacité à lui procurer des femmes de toutes conditions à jet continu...
Souvent, la nuit, les habitants des vieux quartiers les voyaient errer à cheval, étrange couple de noctambules suivis de deux écuyers à moitié endormis, allant sans répit des "festins" les plus huppées aux tavernes les plus mal famées...Dans la ville flottaient des prophéties... (plutôt de vagues espoirs que de vrais horoscopes !!) que le duc aurait vite eu une fin violente. Un certain Giovan-Domenico da Bucine lui avait même décrit son futur assassin: "...un de tes amis, maigre de corps, au visage jaunâtre et de peu de paroles ..."
C'est probablement pour une question de femmes que le Lorenzo historique décide de supprimer Alexandre. Le 5 janvier 1537, Alexandre se rend chez Lorenzo qui lui a promis d'inviter une jolie jeune femmme, qui d'ailleurs était la tante de Lorenzo, Caterina Soderini, mariée à un Leonardo de la puissante famille des Ginori . Le Duc, arrivé trop tôt au rendez vous, s'endort sur un canapé. Une belle aubaine pour Lorenzaccio qui n'a qu'à faire entrer le sicaire.
Palazzo Ginori
via dei Ginori aujourd'hui
Bon! l'histoire est pleine de coincidences ...
Notre Lorenzo, à la
différence de "Lorenzaccio", s'enfuit après le meurtre et se réfugie chez des ennemis des Médicis. On le retrouve en Turquie , puis en France et enfin à Venise où il complote encore contre les Médicis . Cosme I décide que c'en
est trop et envoie sur ses traces des sicaires chargés de "faire justice" ce qui fut fait le 26 février 1546.
Les Médicis
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