
UN TEMOIGNAGE EN DIRECT du Journal EL WATAN d'ALGER que je viens de retrouver dans mes vieux articles de 2006 au sujet de la tolérance religieuse
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LIEUX DE CULTE : Le silence des églises
"Depuis bien longtemps, les cloches n’ont pas retenti à la basilique de Notre-Dame d’Afrique surplombant toujours avec une beauté grandiose la grande bleue méditerranéenne. Dans le passé, il y avait deux types de sirènes : celle qui annonce la mort et celle qui indique l’heure. L’une comme l’autre se sont tues, il y a plus de quarante ans... depuis l'indépendance. Ammi Ali, septuagénaire, se souvient encore de l’époque où Notre-Dame d’Afrique fonctionnait normalement.
«Je me rappelle, dira-t-il, dans le temps, qu’il y avait des sœurs, des papas (pères) qui venaient ici chaque samedi et dimanche faire la messe et la communion, car souvent les chrétiens habitant à Alger y ramenaient leurs enfants pour les initier à la religion chrétienne.». Le regard pensif mais aussi désolé, il nous montre avec un doigt tremblant l'état des lieux, ce qu’ils étaient et ce qu’ils sont devenus. «Vous voyez là-bas, à l’entrée, il y avait une statue de Jésus en bronze, mais les nôtres n’taouaâna l’ont détruite. Celle de Lavigerie aussi, ils ont essayé de la démolir au début des années 90 mais ils n’ont pas pu. C’est pourquoi ils ont arraché uniquement son bras tenant le crucifix.»
La statue du cardinal Lavigerie, évêque d’Alger entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles, est aujourd'hui en ruine, mais ce qui
retient sans doute l’attention c’est qu’elle n’est plus identifiée. On a dû peindre sa base en marbre indiquant le nom du saint avec une peinture crème et saccager en plus sa clôture. Autour du
monument, placé dans la cour de la basilique, une foule de garçons s’est agglutinée et s’amuse à lapider la stèle. L’endroit en général et la statue en particulier signifient peu de choses ou
presque rien pour ces enfants. Tout ce qu’ils savent, c’est que l’endroit s’appelle «Djamaâ lihoud» et donc incontestablement source de blasphème. En cette journée de dimanche, Notre-Dame
d’Afrique n’est pas ouverte à la messe. Le lieu subit des rénovations à l'intérieur et sans doute, nous dit-on, les Pères Blancs et les sœurs ont rejoint l'église du Sacré-Coeur à Didouche pour
accomplir leur devoir religieux. Et puis, nous raconte ammi Ali, peu de monde se rend de nos jours aux églises ; il n’y a plus de sécurité comme avant et beaucoup de chapelles
ont été transformées en mosquées ou autres sièges d’administrations publiques. Il nous raconte à ce titre que l'église de Bab El Oued, celles de la rue de Chartres, de Khelifa Boukhalfa sont
toutes «converties» à l’Islam et seules la basilique de Notre-Dame d’Afrique et l’église du Sacré-Cœur abritent encore des messes et gardent intacte leur architecture ancienne avec des crucifix
aux pics de leurs bâtiments. Dans la banlieue d’Alger, beaucoup d'églises ont sombré dans l’oubli, c’est le cas à El Biar où les autorités locales ont fait de leur église une bibliothèque
communale , à Birkhadem un siège pour un parti politique et à Zeralda un lieu fermé pour de bon. Cela non sans confesser l'état de dégradation avancé de ces sanctuaires, en l’absence d’entretien
et de restauration. Ammi Ali se désole... «Nous devons respecter les églises et les cultes des autres, car il est dit dans le Coran : “Vous avez votre religion et moi la mienne”. Je pense donc
qu’il faut rouvrir ces espaces comme avant, si nous sommes vraiment des musulmans, car même en France nous avons nos propres mosquées et nos propres muftis», fait-il remarquer avant que son
regard ne se fixe sur la cloche de la chapelle qui s’est tue un jour d'indépendance."
Par Hakim Amara
http://www.elwatan.com/journal/html/2002/06/11/sup_html.htm
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