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un départ pas comme les autres

par gaby 11 Mai 2009, 12:10 4-COUFFIN- SOUVENIRS d'ALGERIE




Des souvenirs en deux langues : pourquoi?

 Parce que ce sont les deux langues avec lesquelles je vis depuis longtemps, elles coexistent en moi sans se mêler, dans un bilinguisme enrichissant : la langue maternelle et la langue que j'avais choisi d'enseigner, toutes deux langues romanes, filles légitimes du latin, si semblables et si différentes, avec des apparences et des manières de s'exprimer similaires  et divergentes à la fois, comme deux soeurs.....  
 

     Un départ pas comme les autres -
 
  Una partenza particolare 

       -Quand le bateau commença à se détacher lentement du môle, son coeur se mit à battre très fort. 
Quando la nave cominciò a staccarsi lentamente dal molo, il cuore della ragazza si mise a battere più forte.-
 Autour d’elle, des « passagers » pleuraient. Quelques-uns, surtout des femmes, fondaient en larmes sans honte avec de profonds hoquets qui secouaint leurs épaules, d’autres cachaient leur visage dans leurs mains, d’autres encore regardaient au loin , les yeux mouillés, les machoires crispées, les poings serrés dans les poches. 
 Intorno a lei, molti “passeggeri” piangevano. Alcuni si scioglievano in lacrime senza vergogna, con  profondi singhiozzi che scuotevano le loro spalle, altri nascondevano il volto fra le mani, altri ancora guardavano lontano, gli occhi lucidi, le mascelle contratte, i pugni stretti in tasca.
Et pourtant combien de fois n'avaient-ils pas déjà admiré ce paysage familier !. Le blanc aveuglant de la ville dans la lumière de l'été; le point de vue qui changeait selon les manoeuvres du bateau pour trouver la juste position de départ.....
Eppure quante volte avevano ammirato quel paesaggio! Quel bianco accecante della città nella luminosità dell’atmosfera!! Il punto di vista su quello spettacolo cambiava a secondo delle manovre della nave per mettersi in posizione sulla rotta giusta…..
Chaque année, quand elle partait avec ses parents passer les grandes vacances en France, elle était envahie de sentiments de joie et de bonheur pour les vacances longtemps attendues, d'intérêt pour les personnes rencontrées au cours du voyage, d'excitation pour tout ce qu'elle allait découvrir, de curiosité pour ce vieux continent étudié sur les livres et vénéré de loin, d'amour pour ce monde que ses aieux avaient été obligés de quitter, pleins d'espoir et d'envie de travailler, à la fin du 19° siècle....
Mais cette fois,  leurs émotions étaient différentes... Elle chercha du regard la dame en gris avec qui elle avait tristement attendu sur le quai; elle était assise sur le pont arrière près du bastingage, les yeux mouillés,  elle regardait la côte qui s'éloignait inexorablement et le sillage mousseux du bateau qui s’élargissait en éventail. Elle savait elle aussi que ce voyage était sans retour. La jeune fille s’approcha d’elle comme pour trouver un refuge. 
 Cercò con lo sguardo la signora in grigio insieme alla quale aveva tristemente atteso  sulla banchina; era seduta sul ponte posteriore vicino  al parapetto, gli occhi lucidi, guardava la costa che si allontanava inesorabilmente e la scia schiumosa della nave che si allargava a ventaglio, sapeva anche lei che questo viaggio era senza ritorno, si avvicinò a lei come  per cercare un rifugio.
- La vieille dame lui prit la main et murmura doucement : « Tout ira bien, sois tranquille. Tu es jeune , tu oublieras et puis tu retrouveras tes parents, j’en suis certaine..... » La jeune fille acquiesça  d’un signe de tête et tourna son regard vers la ville blanche , sa ville : les grands boulevards avec leurs imposants édifices sur le front de mer des quartiers européens, la vieille ville, grande tâche blanche sur la colline à droite, avec ses petites maisons serrées les unes contre les autres et ses terrasses carrées précipitant vers la mer, comme ces jeux en équilibre instable construits  par les enfants, la vieille mosquée blanche posée comme un gros coléoptère albinos devant le port, et le parfum fort....de mer.... d’épices.....d’Afrique.
 La vecchia signora le prese la mano e mormorò piano:“ Andrà tutto bene, non temere, tu, sei giovane, dimenticherai, e poi  rivedrai i tuoi genitori, ne sono certa….”. La ragazza  annuì  con la testa, e girò gli occhi verso la città bianca, la sua città: i larghi viali con i loro imponenti edifici sul lungo mare  del quartiere europeo, la città vecchia, la casbah , grande macchia bianca sulla collina a destra, con le piccole case strette le une contro le altre e le terrazze quadrate a precipizio  verso il mare, come in quei giochi di costruzioni illogiche dei bambini, la vecchia moschea bianca posata come un grosso coleottero albino in riva al porto,  e il profumo forte… di mare….di spezie…. di Africa._
La conscience aiguë du déracinement violent, la crainte d’un improbable retour, la peur d’un futur à reconstruire la frappèrent violemment à l’estomac. Dans sa tête, les souvenirs se chevauchaient, s’entremêlaient sans ordre, lui reproposaient les sept années de terreur vécues dans une inconsciente normalité.  Elle se revoyait petite fille, puis plus grande, puis les souvenirs plus lointains faisaient à nouveau surface, enfin dans le tourbillon d’images qui jaillissaient sans aucune logique, une image implacable se présenta en gros plan, comme l’image bloquée d’un film vu plusieurs fois : c’était une jeune femme, on l’avait laissée sur les escaliers du café où elle avait été abattue, dans le sable transporté par le simoun qui soufflait par rafales ; quelqu’un, sans doute par pudeur, avait abaissé sa jupe sur ses jambes disloquées. Une tache rouge s’élargissait lentement sur la chemisette de coton blanche, le sang répandu coagulait le long des bras déchiquetés. Les secours étaient arrivés en retard, occupés à l’intérieur de la caféteria à remettre en état d’autres corps en morceaux parmi les tables renversées, les verres cassés et les vitraux éclatés ; une fois descendus en sautant de l’ambulance, les trois garçons s’étaient empressés aussi de ramasser en dernier le corps meurtri sur une civière et à partir, sur les chapeaux de roues, inutilement, vers un hôpital qui ne fonctionnait déjà plus....
 La pungente consapevolezza  dello sradicamento violento, il timore per un  improbabile ritorno, la paura di un  futuro tutto da ricostruire, la colpirono allo stomaco. Nel suo cervello, i ricordi si scavalcavano, si mescolavano, senza ordine di tempo, riproponevano i sette anni di terrore vissuti con incosciente normalità, si rivedeva piccola, poi più grande, poi di nuovo riemergevano ricordi più remoti, infine nel vortice di immagini che sgorgavano senza logica, si presentò in primo piano un’immagine implacabile, il fermo su immagine di un film visto più volte: era una donna, giovane, l’avevano lasciata sulle scale del locale dove era stata colpita, nella sabbia trasportata dal Simoun che tirava a raffiche; qualcuno, per pudore forse, aveva abbassato la gonna sulle ginocchia  scomposte. Una macchia rossa si allargava lentamente sulla camicetta di cotone bianco, il sangue sparso coagulava già sulle braccia dilaniate, i soccorsi erano arrivati in ritardo, occupati all’interno della “caffetteria” a ricomporre altri corpi a pezzi in mezzo a tavoli sconnessi, vasellame rotto e vetri esplosi; saltati giù dall’ambulanza, i tre ragazzi avevano fatto in fretta a raccogliere per ultimo il corpo straziato su una barella e a partire, sgommando inutilmente, verso un ospedale che forse non funzionava già più. 
 La jeune fille était sortie du café peu avant l’explosion de la bombe. Elle était restée là, près de la mer, dans le sable de la plage déserte, sous le soleil qui chauffait à blanc les galets polis par le ressac. Un lézard, la langue pendante et l’oeil aux abois, s’était glissé entre deux chaises pliantes abandonnées. Une âcre odeur d’algues en décomposition avait envahi l’air. Le vent qui venait du sud avait transporté en passant les effluves de fumée et d’odeur de brulé. Son regard ébahi s’était arrêté sur les petits tourbillons de sable soulevés par le vent qui retombaient au son du léger crissement de leurs minuscules petits grains et elle s’était sentie comme un de ces grains de sable.....Impuissante, tombée par hasard au beau milieu d’une folle tourmente de l’Histoire, orchestrée par des Dieux funestes et capricieux, qui avaient précipité sa famille sur ce rivage de la Méditerranée et, après avoir déchaîné des événements, dont elle ne se sentait pas responsable,  la rejettait sur l’autre rivage. «  La valise ou le cercueil ». Et maintenant sur le pont du dernier bateau, devant le spectacle poignant de sa terre dansante dans la lumière opalescente de la vapeur d’eau, elle éprouvait la même sensation, pendant qu’à l’horizon, "sa" ville, lentement, mourait.

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