
Ce long ruban violet, retrouvé par hasard après le décès de ma maman, était entouré d'une feuille de papier où on expliquait que le ruban en question avait été tiré au sort par mon grand-père, Gabriel Jacques Puybasset et ce simple geste lui avait "offert" 7 ans de service militaire au Sahara....Catapulté des bords de la Garonne (il était né à Toulouse) dans les sables du désert avec les zouaves, on peut imaginer son état d'esprit...

J'ai voulu donc en savoir plus sur la conscription et le tirage au sort et voilà ce que j'ai trouvé:
"Le 18 fructidor An V (5 septembre 1798), à l'assemblée des Cinq-Cents, le député Jean-Baptiste Jourdan, ancien vainqueur de Fleurus, fait voter une loi qui institue la conscription et le service militaire obligatoire. L'article premier de la loi Jourdan énonce : «Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie».
La loi Jourdan oblige tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans à s'inscrire sur les registres communaux pour faire face à la menace d'une deuxième coalition européenne. Cette «conscription» a pour objet de faciliter une levée en masse. Les citoyens sont appelés sous les drapeaux sur ordre ou par tirage au sort, avec possibilité pour les plus fortunés de se trouver un remplaçant. "
Comme on le voit le tirage au sort aveugle et démocratique était facilement escamoté par les familles qui avaient les moyens de se payer un remplaçant.....On se demande pour combien d'argent les remplaçants vendaient leur...peau!
Après 1871, les autorités cherchent un nouveau modèle de défense:
qui voudrait une armée professionnelle comme les bonapartistes et les monarchistes et qui, comme les républicains, préfèrent une armée formée par un service militaire obligatoire...
La nouvelle loi de 1872 est donc un compromis : le tirage au sort de la durée du service, qui reste en vigueur, va à l'encontre de l'égalité des citoyens.
C'est Boulanger qui prépare une loi qui conserve le tirage au sort pour la durée du service et supprime les dispenses et exemptions. Les exemptés pour raisons de santé devront payer une taxe. C'est la loi Freycinet de 1889.
"L'exemption, ou réforme, se basait sur des critères physiques. La taille d'abord : il fallait mesurer plus de 1,54 mètre(!) pour être pris. Suivaient les difformités des membres, fréquentes à cette époque, et encore la faiblesse de constitution et les problèmes de vue, les signes de déficience mentale. L'index droit coupé exemptait le conscrit du service car il était inapte au tir, ce qui incitait à des mutilations volontaires. S'ajoutait l'état de la dentition qui devait permettre de déchirer les étuis de papier contenant la poudre à fusil, dosée au coup par coup(sic).
La loi Jourdan avait exempté les hommes mariés ou veufs avec enfants. Des lois, particulièrement celle de 1872, contribueront à élargir les motifs de dispense aux familles déjà marquées par les prélèvements militaires ainsi qu'à certaines professions notables, particulièrement les enseignants et les ecclésiastiques. Des sursis d'incorporation pouvaient être accordés aux conscrits en raison des travaux saisonniers. Pourtant, tous les conscrits qui avaient tiré un "mauvais numéro" ne partaient pas ; la loi de fructidor an VII (août 1799) leur permit de se faire remplacer, possibilité renouvelable en cas de levées successives."
Article 10 - Un maire ou un adjoint par commune, un officier de recrutement, l'officier de gendarmerie, un officier de santé ou docteur nommé par le préfet pour chaque arrondissement et pris hors de l'arrondissement, seront tenus d'assister à l'examen des conscrits…
Article 11 - (Le conscrit) sera présenté à une toise à deux montants, dont la traverse sera fixée à 1 mètre 544 millimètres... si le conscrit n'atteint pas la traverse, on inscrira vis-à-vis de son nom, dans la colonne des observations, ces mots: Incapable, à cause de sa taille, de soutenir les fatigues de la guerre. Si le conscrit a plus de 1 mètre 544 millimètres, il sera inscrit comme: Bon par la taille.
Article 21- Le sous-préfet procédera ensuite à la désignation, de la manière suivante: on mettra dans une urne autant de bulletins portant chacun un numéro différent qu'il y aura de conscrits devant concourir à la désignation; chacun d'eux sera appelé pour tirer un billet. En cas d'absence du conscrit appelé, le billet sera tiré par le maire de la Commune…
Article 22 - Le numéro que chaque conscrit aura obtenu sera inscrit à côté de son nom; on inscrira en même temps ses prénoms, ceux de ses père et mère, son domicile, sa taille et les grands traits de son signalement…
Article 23 - Dès que l'ordre général des numéros aura été arrêté, le sous-préfet proclamera ceux qui doivent faire partie de l'armée active; ce seront ceux qui auront obtenu les premiers numéros. Il proclamera ensuite le nom de ceux qui doivent faire partie de la réserve, et enfin le nom de ceux qui doivent rester au dépôt...
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